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A l’occasion des 5 ans des Accords de Paris (signés lors de la Cop 21 de 2015), j’ai voulu témoigner de l’importance des enjeux du climat dans notre région. C’est un triste anniversaire : on a parlé mais on a peu agi. La planète est en danger: des espèces disparaissent, les écosystèmes souffrent, les ressources s’épuisent. On ne négocie pas avec le climat… Le temps perdu ne se rattrape pas !

Ce matin, je suis donc allé à la rencontre de deux cousins, Adrien et Matthieu David-Beaulieu, propriétaires à Saint-Emilion d’un vignoble vieux de 600 ans : château Coutet. Ils sont les héritiers de 400 ans d’un patrimoine familial qui, sur 16,5 hectares, a toujours respecté et développé le cycle de vie de la vigne, la biodiversité et l’écosystème vivant et complexe qui l’entoure. Face au réchauffement climatique qui va indéniablement toucher la viticulture, leur action est exemplaire : dans cette propriété dont les premières vignes remontent au XIVème siècle, Adrien et Matthieu conservent les haies sauvages et en replantent des nouvelles. Ces héritiers respectueux de leur histoire au sens large du terme réintroduisent des animaux domestiques laissés en liberté pour la plupart : ils vivent avec plus de 100 volailles ; ils ont un cheptel de chèvres pour tailler les haies et des moutons pour l’enherbement. Les jeunes viticulteurs utilisent de vieux cépages centenaires, pressent leur vin dans une presse centenaire, l’assemblent dans un chai laissé dans son jus mais à l’équilibre bactériologique idéal pour le vin.

La biodiversité est bénéfique aux viticulteurs

Par choix, ils ont conservé 25 % de leurs terroirs en arbres pour conserver une faune sauvage – chauve-souris, blaireaux, lapins, renards…« Aujourd’hui, l’homme bouleverse les grands cycles écologiques et on ne laisse plus les espèces végétales et animales s’adapter », m’ont-ils confié. “Nous , nous créons notre bulle de verdure pour gérer les aléas climatiques et montrer que la biodiversité est bénéfique aux viticultures à condition de ne pas penser rentabilité maximum et à tout prix. » Je ne peux que partager leur analyse.

La viticulture doit suivre leur exemple. Elle doit même aller plus loin encore avec la remise au goût du jour d’anciens cépages, le déploiement de zones d’expérimentation pour tester des nouvelles techniques et des zones de diversité, l’accélération de la transition des viticulteurs vers le bio, l’optimisation au plus vite des dispositifs d’accompagnement pour permettre à nos viticulteurs-trices de faire face et surmonter ces enjeux.

Il faudra soutenir cette filière

Sur un plan plus général et économique, ne soyons pas naïfs : l’année 2020 est terrible pour les viticulteurs qui ont vendu beaucoup moins et beaucoup moins cher. Certains sont au bord du gouffre. Ca me touche particulièrement, moi, fils et petit-fils de viticulteurs dans l’Entre-deux-Mers. Les années à venir, il faudra être particulièrement vigilant et soutenir cette filière autant que d’autres peut-être plus médiatiques. Sinon, on peut s’attendre à des drames.