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Je suis militant écologiste depuis un long moment. J’ai connu les périodes de basses eaux électorales et je sais le travail qui a été mené pour construire une offre politique écologiste crédible. Je pense en particulier à Cécile Duflot, David Cormand et Julien Bayou pour les efforts accomplis dans leur mandat de secrétaire national.

Actuellement, les images d’une planète en danger se succèdent. Ce qui serait logique, c’est que les populations soient davantage réceptives aux propositions formulées par les écologistes, mais rien n’est aussi mécanique. Le pire qui pourrait nous arriver est ceci : passer à côté du moment où la planète a besoin de nous. Le risque existe.

En me souvenant des années écoulées et des occasions manquées, je regarde la primaire qui vient, avec inquiétude. Allons-nous une fois encore passer à côté de l’histoire ?

Malheureusement, tout me semble en place pour retomber dans l’impasse des réflexes minoritaires. Le calendrier, le faible nombre de participants à prévoir, l’affichage sur la place publique de nos différences plus que la mise en avant de notre projet commun, toutes ces choses augurent mal de la suite.

Je pense pourtant que l’écologie doit être unie et forte pour s’imposer comme le moteur de l’alternative. Le « bloc de la transition » dont parlait hier Julien Bayou est encore à construire. C’est différent de l’union de la gauche. Dans un cas on rassemble celles et ceux qui font de l’écologie le moteur du changement ; dans l’autre on cherche à reproduire le schéma rassurant des alliances du passé.

De ma fenêtre Néo-aquitaine, je vois tous les jours les doubles discours de la social-démocratie finissante, qui d’un côté parle d’urgence climatique mais de l’autre ne peut se résigner à changer de logiciel politique.

Notre responsabilité est donc de présenter une candidature écologiste forte.

Des 4 candidates et candidats qui se présentent à notre primaire, le plus identifié par le grand public et les médias est Yannick Jadot. Certains penseront peut-être que c’est injuste mais c’est comme ça. Nous avons investi dans Yannick en soutenant la liste qu’il conduisait aux européennes. Désormais il est notre haut-parleur le plus puissant, et ne s’appartient plus. Il doit en avoir conscience. Et nous aussi.

Or, aujourd’hui je vois se remettre en marche des logiques que je connais bien : elles consistent à vouloir faire perdre Yannick Jadot et à désigner un autre candidat ou une autre candidate. C’est l’éternel retour d’une triste histoire.

Autrefois, en 2002, Alain Lipietz avait ainsi battu Noël Mamère avant d’être débranché de manière peu élégante par le parti.

Des années plus tard, en 2012, J’ai soutenu Nicolas Hulot, qui a perdu face à Eva Joly, qui est une grande dame, mais qui a été abandonnée en rase campagne par celles et ceux qui avaient promu sa candidature pour des raisons liées aux jeux internes. J’ai eu la fierté d’être responsable de sa collecte de signatures (comme je l’avais été pour Dominique Voynet) et de faire sa campagne. Mais après avoir battu l’écologiste le plus célèbre de France, et en pleine négociation d’un accord pour les législatives, c’était perdu d’avance pour Eva.

En 2017, j’ai soutenu Cécile Duflot, qui était de loin, la meilleure candidate. Une fois encore, elle a été défaite, parce que la prétendue « Firme » devait perdre. Yannick Jadot en a tiré profit et fut notre éphémère candidat, avant qu’EELV décide de ne pas présenter de candidat. Nous n’avons rien gagné en nous retirant ainsi, au profit de Benoit Hamon, dont la campagne fut coulée par les trahisons socialistes.

J’espère d’ailleurs que tout le monde a cet épisode en mémoire, puisque depuis plusieurs mois j’entends remonter la petit musique de l’union de la gauche. Je suis heureux que nous travaillions maintenant avec Génération.s à la construction d’un pôle écologiste à vocation majoritaire. Leur apport est précieux. Leur évolution politique vers l’écologie est décisive tout comme celle de Delphine Batho : elle démontre que la sociale démocratie n’est plus le pôle structurant. Ces camarades sont la preuve vivante que le rassemblement autour de l’écologie est possible, y compris avec des personnalités issues d’autres traditions.

Le problème n’est donc pas l’union mais bien les conditions et le contenu de l’union. Au vu de l’urgence écologique, je ne pourrais admettre que les écologistes se mettent en situation de redevenir quantité négligeable dans l’alliance à construire.

Pour reprendre les mots de David Cormand, l’écologie doit être « cardinale ». Nous devons guider l’alternative. Cela demande que notre candidature à la présidentielle soit la plus puissante possible.

C’est connu dans le parti, je suis proche de David Cormand et Julien Bayou, mais telle n’est pas la question posée aujourd’hui.

Je mets le pieds dans le plat : une primaire ne doit pas servir à afficher ses amitiés ou sa loyauté à telle ou telle bande dans le parti. Elle ne doit pas non plus être vécue comme un tremplin vers la notoriété permettant de négocier un bon poste pour la suite.

Elle doit décider quelle candidature fera le meilleur score possible.

Sandrine Rousseau et ses soutiens représentent quelque chose de décapant et se nourrissent de combats qui font écho dans la société. La question du féminisme, notamment, est centrale, et doit être au cœur de notre campagne. Sandrine Rousseau a mon respect, mais elle n’aura pas mon vote. Elle ne me semble pas en mesure de « faire un score » et pour tout dire de l’emporter.

Car l’enjeu de cette présidentielle, c’est de concourir avec des chances de l’emporter.

Pour cette même raison, je ne voterais pas pour Eric Piolle malgré l’amitié que je lui porte. Les sondages qui le donnent loin derrière Anne Hidalgo sont de nature à plomber son début de campagne. J‘ai tourné la question dans tous les sens : je ne vois pas comment désigné en septembre il peut dépasser Hidalgo et Mélenchon… Je ne crois pas à la campagne qui révèle.

Cette campagne opposera des personnalités déjà connues des Françaises et des Français. Un déficit de notoriété peut être un problème insurmontable. Je ne vois pas le PS se désister au profit d’Eric Piolle.

Pourtant son « arc humaniste » me parle, comme son bilan de maire de Grenoble ou le fait qu’il fasse le job chaque fois que nécessaire. Si finalement il est notre candidat je ferai sa campagne avec force et enthousiasme. Cet engagement vaut aussi pour Sandrine Rousseau et Delphine Batho.

Delphine Batho a une expérience de l’Etat, des épaules solides et une capacité de résistance et de travail indéniables. Je partage évidemment certaines de ses intuitions politiques, mais le positionnement qu’elle propose pour cette présidentielle ne me semble pas être le bon : mener campagne sur le thème de la décroissance, ne me parait pas être la bonne manière de prendre les choses. Nos adversaires auront un angle d’attaque facile sur « l’écologie du déclin », que nous ne devons pas leur offrir.

Dans le contexte actuel, mon candidat, c’est Yannick Jadot. Il est solide, ancré, fiable. Les médias le connaissent et le reconnaissent. Son expérience lui permettra de tenir bon dans les débats de haut niveau qui sont ceux d’une présidentielle. Ne pas le désigner alors qu’il est incontestablement celui qui est dans la meilleure situation, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est aussi simple que ça. Nous le savons, et tout le monde le sait.

Tout autre candidat ou candidate sera plombé.e par le fait même d’avoir battu Yannick avec des éditos sur le thème : « incorrigibles écologistes ». J’écris ce texte parce que c’est mon devoir de militant de dire les choses comme je les vois. Je sens que Yannick n’a pas le vent en poupe et je ne veux pas rester silencieux face à une erreur stratégique majeure en gestation.

En désignant Yannick Jadot, nous nous donnons une meilleure chance. C’est le vote de la maturité, le vote de la responsabilité, l’étape indispensable pour réussir la présidentielle et les législatives.